Avoir une politique électoral non électoraliste ? C’est possible !

Publié le par CGT PHILIPS EGP DREUX

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L’exemple de la campagne électorale ouvrière et révolutionnaire de l’extrême gauche aux élections de la province de Neuquén (Argentine)

Les AG précédant la Conférence Nationale sur la démarche électorale a montré combien le parti est polarisé par la question électorale. Partie prenante de la position C, il nous semble bien entendu qu’il n’est pas possible de maintenir plus longtemps l’ambiguïté par rapport aux partis de la gauche réformiste (Front de Gauche et compagnie) et que par conséquent il faut un candidat du NPA pour 2012, un candidat/e ouvrier/e ajoutaient d’ailleurs nos camarades du CPN dans le dernier BI.



 


Les AG précédant la Conférence Nationale sur la démarche électorale a montré combien le parti est polarisé par la question électorale. Partie prenante de la position C, il nous semble bien entendu qu’il n’est pas possible de maintenir plus longtemps l’ambiguïté par rapport aux partis de la gauche réformiste (Front de Gauche et compagnie) et que par conséquent il faut un candidat du NPA pour 2012, un candidat/e ouvrier/e ajoutaient d’ailleurs nos camarades du CPN dans le dernier BI. A la différence du texte A qui propose un accord vide de contenu, nous estimons que la question du programme à défendre, y compris à partir de la tribune que sont les élections, est central. Nous défendons par conséquent une perspective de classe, révolutionnaire et internationaliste. C’est le sens de la démarche du texte C que nous avons défendu au cours de la dernière consultation et que nous défendrons lors de la CN des 25 et 26 juin.

Il nous semble qu’il est tout à fait possible de combiner une démarche unitaire de classe et révolutionnaire tout en menant une campagne dynamique et lutte de classes. C’est ce que démontre par exemple le résultat du Front de Gauche et des Travailleurs [Frente de Izquierda y de los Trabajadores, FIT [1].] aux élections régionales de la province de Neuquén dans le Sud-ouest de l’Argentine qui anticipent de quelques mois le scrutin présidentiel national.

Dans un contexte national argentin qui est loin d’être marqué à gauche le FIT est un front électoral qui regroupe les principales forces d’extrême gauche trotskyste en Argentine, à commencer par le Parti des Travailleurs pour le Socialisme (PTS) et le Parti Ouvrier (PO), et qui présente sur ses listes des travailleurs et travailleuses parmi les plus représentatifs des luttes radicales qui ont eu lieu ces dernières années. A Neuquén la liste pour la Chambre des députés était menée par Alejandro López et Raúl Godoy [2], deux travailleurs de l’usine de carrelages Zanon, symbole de la lutte pour le maintien de l‘emploi et l’interdiction des licenciements, une usine occupée et sous gestion ouvrière depuis prés de dix ans maintenant. Tout au long de la campagne López et Godoy ont fait de leurs meetings la tribune des revendications des travailleurs en lutte au même moment, notamment dans le secteur public. Ils ont également exigé sans relâche l’arrêt des poursuites contre les 546 militants/es de la province de Neuquén (dont 50 ouvriers du syndicat céramiste) et contre leurs 250 frères et sœurs mapuches.

Dans cette province extrêmement riche qui tire ses revenus du pétrole, privatisé au profit des multinationales, notamment Repsol-YPF (Espagne), ainsi que de l’industrie agro-alimentaire d’exportation, dominée par un parti provincial (le MPN), aux pratiques populistes et clientélistes, le FIT a mené une campagne de terrain, avec un programme de classe, anti-impérialiste et révolutionnaire. S’appuyant sur leur expérience à la tête du SOECN, le syndicat céramiste provincial, solidement appuyé sur des pratiques de démocratie de classe et d’assemblée, López et Godoy, tous deux travailleurs du rang, auparavant dirigeants du syndicat et revenus aux ateliers de production après leur mandat électif, ont promis que leur salaire de député n’excéderait pas celui des ouvriers et que le reste de leurs indemnités serait reversé à une caisse de grève nationale afin de soutenir les conflits ouvriers et populaires.

C’est notamment ainsi que le FIT a pu obtenir 2,6% au niveau provincial pour les élections pour le poste de gouverneur et 3,6% pour l’élection législative locale, ce qui a permis d’envoyer pour la première fois au Parlement provincial un ouvrier révolutionnaire. Le résultat est sans doute modeste. Il permet néanmoins de donner corps à une avant-garde de classe, populaire et de la jeunesse, en parfaite indépendance des partis et des formations réformistes à gauche de Kirchner et d’offrir une tribune aux luttes. Nous sommes profondément persuadés que cette démarche peut être reprise, avec plus de succès encore, dans d’autres pays, notamment en Europe et en l’occurrence en France, dans le cadre des mobilisations contre la crise et l’austérité dont le mouvement de cet automne a témoigné des potentialités hexagonales.


Le Frente de Izquierda a obtenu un député ouvrier à Neuquén

Un travailleur de Zanon au Parlement de la province de Neuquén [3]

Les travailleurs et les jeunes combatifs de tout le pays, les militants/es d’extrême gauche, nous avons toutes et tous gagné, pour la première fois dans l’histoire, un siège au Parlement provincial de Neuquén. C’est un siège de députe indépendant du gouvernement national et provincial mais également de l’ensemble des forces d’opposition, qu’elles soient bourgeoises bien entendu mais également de gauche réformiste.

Cette victoire électorale c’est le fruit de la lutte de l’usine de carrelages Zanon, gérée par les ouvriers et sous leur contrôle depuis dix ans. Durant ces dix ans les ouvriers de Zanon ont en effet soutenu toutes les luttes contre les gouvernements du MPN [Mouvement Populaire de Neuquén, au pouvoir depuis 1962] qui ont privatisé le pétrole et le gaz de la province. Les travailleurs de Zanon ont su établir une alliance combative et militante avec les mouvements de chômeurs (les militants piqueteros ayant été les premiers à être embauchés dans l’usine sans patrons), ils ont apporté leur solidarité à tous les travailleurs en lutte du pays, ils ont été à l’origine de plusieurs regroupements des secteurs combatifs de la classe ouvrière, ils ont noué des liens avec la communauté Mapuche, il ont forgé une alliance avec les étudiants, ils ont su organiser des concerts géants pour la jeunesse et ont établi un système de rotation des postes de direction pour que leurs dirigeants ne deviennent pas des bureaucrates. C’est ainsi que Raúl Godoy et Alejando López, qui ont occupé successivement le poste de secrétaire général du Syndicat d’Employés et Ouvriers Céramistes de Neuquén (SOECN), sont revenus à leur poste de travail dans les ateliers. C’est en tant qu’ouvriers du rang que ces deux camarades dirigeaient la liste du FIT aux élections législatives provinciales [du 12 juin].

Ce résultat a été aussi une reconnaissance des partis d’extrême gauche comme le Parti des Travailleurs Socialistes (PTS), le Parti Ouvrier (PO) ou Gauche Socialiste (IS) qui se sont unis afin de défendre une alternative d’indépendance politique des travailleurs. L’accord de Neuquén fait partie du Frente de Izquierda que nous avons formé au niveau national.

Cette victoire renforce et encourage les secteurs du mouvement ouvrier argentin qui sont à l’origine de ce que l’on connaît comme « syndicalisme de base », un syndicalisme qui s’oppose à la fois au patronat mais aussi à ses complices, la bureaucratie syndicale, dans toutes ses expressions, aussi bien la CGT que la CTA [4]. Les dirigeants céramistes sont les initiateurs d’un grand courant national lutte de classes qui publie le journal Nuestra Lucha aux côtés des dirigeants combatifs de Kraft, Pepsico, Stani/Cadbury et l’opposition à la bureaucratie de Rodolfo Daer dans le syndicat de l’Alimentation, aux côtés des camarades du nouveau syndicat du Métro de Buenos Aires ainsi que les cheminots de l’Agrupación Bordó de la ligne Roca des chemins de fer de Buenos Aires qui ont joué un rôle déterminant dans la lutte pour la titularisation des travailleurs précaires [5] . Une partie de ces camarades seront candidats sur les listes du Frente de Izquierda dans les différentes provinces où nous nous présentons.

Le PTS se réjouit d’avoir conquis une nouvelle position dans le combat de classe et s’engage à faire tous les efforts pour la mettre au service de la lutte contre le gouvernement, l’Etat et ses agents, pour le droit des travailleurs, des classes populaires et de tous ceux qui luttent contre l’exploitation et l’oppression. C’est en ce sens que nous encourageons plus que jamais à créer des comités sur les lieux de travail, d’étude et dans les quartiers pour faire face à la tentative de proscription de l’extrême gauche [orchestrée par le gouvernement Kirchner] avec les « primaires » bidon d’août et afin de faire circuler largement le programme du Frente de Izquierda y de los Trabajadores et faire connaître nos candidats.


Alejandro López, député ouvrier nouvellement élu à Neuquén sur la liste du Frente de Izquierda

Chers camarades [6] ,

La vérité c’est que, pour nous, [en tant que militants] du syndicat céramiste de Neuquén, nous nous disions que c’était déjà une victoire que d’avoir réussi à rassembler autant de militants, le fait de voir comment la jeunesse s’est investie dans cette campagne. Partout où l’on passait les gens nous demandaient : « mais vous êtes combien ? Comment vous faites ? ». Partout, à Plottier, tout le monde est avec le Frente. C’est pareil à Cipolletti, pareil à Centenario, pareil à l’intérieur de la province [7] . Dès que tu allumes la télévision et la radio, ça parle du Frente. « Comment vous avez fait ? ». C’est la question qui revient le plus souvent. Je réponds que c’est ce qui se passe quand on est organisé, quand on est convaincu, quand on a envie de changer les choses et surtout quand on a confiance en ses propres forces.

Et je crois que c’est ce que nous avons appris de plus important, nous autres qui ne militons pas dans un parti mais dans le syndicat (…). Nous ne disons pas cela avec fierté, au contraire. Ça nous interroge avec les camarades syndicaliste du SOECN parce que nous c’est vrai que nous ne pourrons pas toute notre vie rester des « militants indépendants » [c’est-à-dire non encartés dans un des courants ouvrier d’extrême gauche qui constituent le Frente]. Nous allons évoluer sur ce point aussi, et la vérité, et je le dis au nom de mes camarades, c’est que je crois qu’il faut rendre hommage à la patience qu’ont eu les militants politiques d’extrême gauche tout au long des dernières semaines, avec les débats et discussions. Pour nous, c’est très important. Nous apprenons énormément et c’est pour cela que nous avons un respect énorme pour toutes les organisations [qui composent le Frente]. Quand il faut s’engueuler, on s’engueule, quand il s’agit de discuter, on discute. Mais l’idée que nous avons toujours en tête c’est que que nous avons un ennemi, un ennemi de classe et ça, pour nous, ça pose une limite, parce que nous pouvons débattre beaucoup, mais nous savons qui nous devons affronter.

Les camarades de PepsiCo, les camarades de Terrabusi, les camarades de la sous-traitance automobile de Córdoba ou les camarades du mouvement syndical de base nous demandent régulièrement : « alors vous, à Neuquén, vous qui êtes toujours à la pointe des luttes, comment se présentent les élections ? ». Tout ça pour dire qu’il faut se servir du terrain politique, du terrain syndical et de chacune des luttes. C’est un test et nous avons réussi à le passer. C’était le premier test réel qui se posait au Frente et nous avons un acquis, un siège de député qui est à nous le comme disaient Raúl et les autres camarades. C’est un siège qui est à la disposition des travailleurs.

Je pensais récemment, je commence à imaginer comment nous allons faire maintenant quand nous devrons aller l’occuper [le jour de la séance inaugurale de la nouvelle législature]. Je pensais que nous pourrions partir tous ensemble, depuis l’usine, en manifestation, et marcher jusqu’à Neuquén pour entrer dans l’Assemblée législative avec tout la force de la classe des travailleurs. Et surtout nous pourrions inviter les milliers de camarades qui ont voté pour nous. Ce n’est pas un hasard si nous avons fait un aussi bon score à Cutral Co qui est une terre de luttes, [le berceau du mouvement] piquetero. Ce n’est pas un hasard si dans la zone industrielle autour de l’usine nous avons fait un bon score, même si, comme on le disait avec Raúl, nous aurions pu faire encore plus de porte-à-porte par ici. Mais ceux qui habitent prés de la zone industrielle savent qui nous sommes et ce sont eux aussi qui sont venus nous défendre le 8 avril [2003 lors d’une des plus importantes tentatives d’expulsion par la force des travailleurs qui occupaient l’usine depuis septembre 2001]. Nous avons fait une campagne militante et cela, personne ne l’a fait, aucune force politique avec laquelle nous étions en compétition avait la force militante que nous avions et encore moins la conviction. Mais cette force maintenant il faut la démultiplier. Notre défi, c’est démultiplier cette force militante au niveau régional, au niveau national. Nous devons réussir à enthousiasmer ces milliers, ces millions de travailleurs, et je crois que nous faisons partie de la construction de cette attente que nous allons contribuer à susciter au sein de la classe ouvrière.

[1] Le terme « izquierda » en Argentine comme dans le reste de l’Amérique latine se réfère non pas au centre-gauche mais à l’extrême gauche.

[2] Raúl Godoy est l’ancien secrétaire général du SOECN (Syndicat des Ouvriers et Employés Céramistes de la province de Neuquén), militant de la « Liste marron », structurant l’opposition lutte de classes et combative à la bureaucratie syndicale nationale, et dirigeant du PTS. Alejandro López est lui aussi Syndicat des l’ancien secrétaire général du SOECN et militant de la « Liste marron », élu sur la liste du FIT en tant qu’indépendant.

[3] « El Frente de Izquierda logró un diputado de los trabajadores en Neuquén », publié dans La Verdad Obrera n°453, 16/06/11, l’hebdomadaire du Parti des Travailleurs pour le Socialisme (PTS).

[4] La CGT est la confédération syndicale péroniste historique. La CTA, naît d’une scission de la CGT et surtout présente dans le secteur public, se veut plus « progressiste ».

[5] Voir « Ferrocaril Roca, Argentine : 1500 travailleurs titularisés. Retour sur une grande victoire contre la précarité »,.

[6] « Alejandro López : “Estamos ante una gran oportunidad de multiplicar esta fuerza militante” », discours publié dans La Verdad Obrera n°453, 16/06/11, l’hebdomadaire du Parti des Travailleurs pour le Socialisme (PTS). Alejandro López partagera son siège de député avec Raúl Godoy, travailleurs céramiste et membre de la direction nationale du PTS, Angélica Lagunas du PO ainsi que Gabriela Suppicich d’IS.

[7] Il s’agit de localités de la province de Neuquén.

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