L'irréductible « métallo » s'attaque au bastion CGT de l'intérieur

Publié le par CGT PHILIPS EGP DREUX


 Porte-voix des salariés en lutte, Jean-Pierre Delannoy se tient soigneusement à l'écart des salons. 
Porte-voix des salariés en lutte, Jean-Pierre Delannoy se tient soigneusement à l'écart des salons.
|  • UN VISAGE, UN JOUR JEAN-PIERRE DELANNOY |

Bernard Thibault n'a pas perdu la main. Porté par les « métallos » de la région, son opposant déclaré pour le poste de secrétaire général de la CGT, Jean-Pierre Delannoy, a quand même réussi son coup cette semaine : faire exister dans les médias nationaux la voix de la contestation interne.

 

PAR SÉBASTIEN CHÉDOZEAU

valenciennes@lavoixdunord.fr PHOTO DIDIER CRASNAULT

Sa fine moustache lui donne de faux airs de Guy Williams, incarnation télévisuelle du plus célèbre des Zorro. Avec le cavalier surgi hors de la nuit, Jean-Pierre Delannoy, 56 ans, partage aussi un sens inné de la justice. En s'attaquant de l'intérieur au bastion de la CGT, sorte de Don Quichotte face aux moulins à vent, il a fait tomber le masque. Cette contestation interne trop longtemps cachée sous le tapis, « il fallait la rendre visible », dit-il. L'historique de l'USTM-CGT, dont il est secrétaire général depuis plus de vingt ans dans le sud du département (et depuis 2005 à l'échelon régional) s'est décidé à y aller parce que « la souffrance des militants et des salariés » lui était devenue intolérable.

Décision lourde de conséquence au sein d'une confédération cloisonnée, toujours pas guérie de la scission de 1947 (qui avait débouché sur la naissance de FO). À Nantes, où se tenait cette semaine le congrès national de la CGT, Jean-Pierre Delannoy a senti le poids des reproches. Il s'y attendait un peu, lui dont les relations avec l'union locale, à Valenciennes, sont pour le moins détériorées depuis plusieurs années : « Je n'avais jamais vécu un congrès aussi verrouillé, cadenassé et avec autant de tension. » Intimidations, quolibets et insultes n'ont pas réfréné l'ardeur de ce militant convaincu, encore bercé des luttes ouvrières des années soixante-dix et quatre-vingt. Il raconte : « En 1984, on avait fait grève un mois aux ANF (devenus vite après Bombardier) pour les salaires. On avait obtenu 10 à 12 % d'augmentation générale, le double de l'inflation de l'époque. Il y avait en permanence mille huit cents mecs en pétard. » C'était l'époque où les rapports de force prévalaient dans les relations sociales.

Cette méthode éprouvée, Jean-Pierre Delannoy la transpose à la « bataille interne » qu'il vient d'engager. Le premier assaut a été repoussé jeudi : « Tout le débat sur la commission exécutive a porté sur ma candidature. » Finalement rejetée, parce que le « métallo » n'avait pas respecté le cadre statutaire. Reparti de Nantes le soir même, il n'a pas assisté à la facile réélection de Bernard Thibault au poste de secrétaire général. Jean-Pierre Delannoy s'arrête sur un autre scrutin, celui qui portait mardi sur le bilan d'activité des trois dernières années : 71,33 % des votants se sont prononcés pour, 20,95 % contre et 7,72 % ont voté blanc. Au congrès de 2006, ils n'étaient que « 16,5 % » d'opposants. Le contestataire y voit un signe : « D'ici au 50e congrès, nous avons trois ans pour élargir notre audience. » La lutte finale sera frontale. •

Blog Jacques tourtaux 

Publié dans syndicalisme

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