La grippe A fait monter la fièvre des supporters

Publié le par CGT PHILIPS EGP DREUX


Les CRS et les Gendarmes Mobiles rassemblent les supporters parisiens excités dans la rue Saint Saens près du cour Jean Balard (1e).le cours Jean Ballard et la Gare Saint Charles ont été les terrains de grosses échauffourées. Rassembler des supporters parisiens provocateurs et les évacuer en train n’a pas été une mince affaire pour les forces de l’ordre.

Il a fallu une petite heure pour que l’information remonte aux oreilles de tout le monde. Sur l’autoroute qui descend vers Marseille, les panneaux d’information affichent « rencontre OM-PSG annulés, faites demi -tour ». Sur l'aire d'autoroute de Peypin ou un peu avant, les 19 cars de supporters parisiens sont priés par les autorités de repartir vers la capitale (8 supporters parisiens ont été interpellés pour le pillage et la dégradation de la station-service de l'aire d'autoroute de Peypin).
A Marseille, des supporters du PSG sont déjà là et picolent sur le Vieux Port et le cours Jean Ballard. D’autres arrivent en train. Le centre-ville et la gare Saint Charles seront les deux terrains d’échauffourées qui ont immanquablement éclaté autour de 15h30.
Quelques chants nazis à l’accent parigot, beaucoup de bière puis des jets de cannettes, boulons et autres projectiles empruntés au mobilier urbain et aux terrasses de bars du Vieux Port, ont convaincu quelques supporters marseillais, rameutés là à grands renforts de SMS, de passer à l’attaque pour le plus grand plaisir des parisiens. Pendant quelques instants, et ça sera la seule fois de la soirée, Marseillais et Parisiens se sont distribués des coups.
Des grenades lacrymogènes annoncent l’arrivée des CRS et des gendarmes mobiles. C’est dans un triste brouillard que les cafés du coin plient tables et chaises en terrasse pour éviter les gros dégâts. Un brouillard qui même en se dissipant fait couler les larmes de celles et de ceux, touristes compris, qui courent en tout sens pour retrouver un peu d’air.
Les matraques et les flash-ball ont ensuite fait le travail. « Il a fallu un peu canarder les Parisiens pour les regrouper et cogner les Marseillais pour les repousser » résume un officier CRS. Près de 200 « visiteurs » sont donc regroupés rue Saint Saens, coincés comme protégés, par des immeubles sur les côtés, des forces de l’ordre en cuirasse devant et derrière. Les hommes des Bac et autres CRS tournent dans les rues voisines pour repousser les Marseillais obsédés par la volonté d’écraser une barre de fer sur la tête des « autres enc.. ».


Et pourtant, ce sont bien des Marseillais qui subiront des violences. Des supporters parisiens, « dont beaucoup fichés et interdits de stade » précise un officier de police, remontent vers la gare Saint Charles, par le boulevard d’Athènes, distribuant au passage des coups à ceux qu’ils nomment « de sales arabes ». Sur leur passage, des abribus et des vitrines sont brisés, sans qu’il n’y ait de pillage. Pas le temps, car à leur trousse, ce qu’un observateur des Informations Générales (ex RG) estiment à 350 personnes, cavalent barres de fer et plaques d’égout à la main pour « laver l’honneur des Marseillais ».
Les CRS et les Gendarmes Mobiles poussent fermement les Parisiens au sommet des escaliers de la gare, toujours dans cette fumée irritante. Les passants se protégent tant bien que mal dans les commerces.
Commence alors l’état de siège. Comme ceux de la rue Saint Saens, les supporters parisiens sont parqués sur l’esplanade de la gare Saint Charles. Le carré ne cessant de grossir au fur et à mesure de l’arrivée des trains de Paris. Et ce n’est qu’à 16h30 que les stadiers du Parc des Princes, ces agents de sécurité chargés d’encadrer leurs supporters, arrivent depuis la capitale, libérant enfin quelques officiers de police pour des tâches plus urgentes que du baby-sitting.
C’est qu’à cette heure là, les forces de l’ordre dispersées dans la ville (on se castagne aussi au Parc Chanot nécessitant 9 cars de CRS) se savent à la limite de la rupture. Il vient, en effet, d’y avoir quatre charges consécutives de Marseillais repoussées aux grenades lacrymogènes et deux tentatives de sorties de Parisiens regroupés à la matraque. Si les deux camps avaient chargé en même temps, cette « mission d’interposition » aurait volé en éclat.
Le point de fixation du cours Jean Balard est dangereux et consommateur d’effectifs ; il fallait le résorber en évacuant les supporters. En car ? « impossible, c’est le caillassage assuré sans certitude de maîtriser la situation » lance un officier de police. Sous terre alors, le métro. Discret, il mène rapidement les 200 parisiens et leur escorte en gare Saint Charles. A 17h30, c’est fait, sans plus de problèmes que des injures tout le long du trajet.


Voilà donc 500 supporters parisiens rassemblés en un rectangle que forment les stadiers vêtus de rouge, deux lignes de CRS encadrant tout ce petit monde.
Restait à savoir comment les renvoyer vers Paris. Le train de 18h28, sans arrêt vers la capitale voit deux de ses rames de 1e classe réquisitionnées, les autres voyageurs étant tassés dans le reste du train.
Démarre alors, l’une des plus complexes opérations de la journée pour les forces de l’ordre : l’évacuation au milieu d’une foule. Des nones, des parents avec leurs enfants, des vacanciers et des ados en départ pour la colos, certains vêtus d’un maillot de l’OM, comme ceux qui pénètrent par les entrées voyageurs pour en découdre avec les Parisiens.
L’opération est brillamment exécutée. Un Marseillais saute sur une voie pour y ramasser une pierre destinée à un Parisien est vite menotté. Un autre qui par frustration, sans doute, lance une bouteille sur un agent, en prend six (agents) sur le ventre. Puis commence l’évacuation, par groupes de 30, toujours encadrés des stadiers le long d’un passage marqué par les « cuirassiers ». Les majeurs se lèvent de chaque cotés des barrières humaines et les promesses d’en découdre ne font que prolonger ce qui peut se lire depuis 15 jours sur certains forum Internet.
Vers 19h45, le train part, enfin, sous le regard inquiet d’agent SNCF persuadé de retrouver leur train saccagé « comme lors de leur dernier déplacement ici ». Reste aux forces de l’ordre à patrouiller toute la nuit en ville pour éviter l’action de ces fameux « indépendant s» supporters parisiens, discrets jusque là.
Ce matin, entre le Vieux port et la Gare Saint Charles, des vitrines brisées, des poubelles brûlées et des projectiles éparpillés rappellent ses événements.
Avant, ce triste dimanche, on n’imaginait pas que la grippe A avait de tels effets.

Reportage
Philippe PUJOL
avec Gérard LANUX
Photos Marie-Laure THOMAS

 

Journal la marseillaise
Coco magnanville

 

 

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