Reims / Après les échauffourées de jeudi Quatre manifestants anti-Fillon condamnés

Publié le par CGT PHILIPS EGP DREUX


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Les quatre manifestants condamnés hier en comparution immédiate font partie des dix personnes arrêtées lors des échauffourées de jeudi.

Accusés d'avoir jeté des pierres ou porté des coups sur les forces de l'ordre, jeudi, en marge de la visite du Premier ministre, quatre jeunes manifestants ont été condamnés hier à trois mois de prison avec sursis.Tous contestent les faits.

«Y'a Fillon, Pécresse et Chatel qui viennent à Roosevelt. C'est la guerre. On organise un rassemblement avec le NPA devant le lycée. »
Informés par téléphone ou SMS (comme celui-ci saisi par la police), environ 200 jeunes gens ont participé jeudi après-midi à la manif anti-Fillon à Reims. Pour quatre d'entre eux, elle se solde par trois mois de prison avec sursis prononcés hier en comparution immédiate. Ils ont été reconnus coupables de violences sur les forces de l'ordre lors des échauffourées survenues pendant l'évacuation des manifestants qui bloquaient l'accès au lycée.
Dix arrestations
Les prévenus font partie des dix personnes arrêtées en marge de la visite du Premier ministre venu se faire présenter au lycée Roosevelt les filières dites des « Cordées de la réussite » (l'union d'hier). Cinq sont des lycéens de 15 et 16 ans remis en liberté après leur présentation au parquet. Un majeur de 20 ans est sorti libre du commissariat tandis que les quatre autres ont fini à la barre du tribunal correctionnel, soutenus silencieusement par une cinquantaine de personnes dans la salle d'audience.
Tous protestent de leur innocence alors que les policiers affirment les avoir identifiés formellement. Se préparant à passer le concours d'inspecteur du travail, Damien Laugier, 24 ans, demeurant à Soulanges, aurait porté des « coups de pied » et des « coups de poing » sur le bouclier d'un gendarme mobile.
Délit de faciès ?
« Ce n'est pas vrai. J'étais dans le rassemblement en tant que militant du Nouveau parti anticapitaliste. J'ai voulu calmer le jeu quand j'ai vu des lycéens se faire écraser par d'autres lycéens suite à la charge des gendarmes, j'ai été pris entre les deux feux. Je me suis débattu. Un policier m'a attrapé. »
Sedanais de 24 ans, Yacoub Guezoul étudie la philosophie. Selon des policiers en civil « infiltrés » parmi les manifestants, il aurait jeté une pierre sur les gendarmes mobiles. « Je n'ai pas jeté de pierre. J'étais coincé contre une barrière quand un gradé a dit à deux gendarmes : Attrapez-moi celui-là ! »
Deux pierres auraient été lancées par Léo Belenguier, un Rémois de 18 ans inscrit à la fac d'histoire. « Je suis arrivé sur le pont de Laon. Il y avait des gens qui jetaient des pierres. Je leur ai dit d'arrêter car ça ne servait à rien. Les policiers ont dû me confondre avec eux. »
Y'a-t-il eu « délit de faciès » ? Il le suggère. « En garde à vue, on lui a quand même fait remarquer qu'il avait un look particulier », s'étonne Me Kadiyogo, l'avocate du garçon portant tenue et coiffure rasta.
Accusé d'avoir jeté une pierre, Savinien Fege, 20 ans, étudiant rémois en menuiserie, se dit lui aussi victime d'une arrestation ciblée, mais pour un motif politique. « Damien est militant NPA. Je milite aussi. » Il pense que la police a exploité l'occasion de s'en prendre à des membres actifs de la « jeunesse militante ».
A l'instar de sa consœur, Me Michelet a vainement plaidé leur relaxe en dénonçant un « procès pour l'exemple ». Tous condamnés, les prévenus ne savent pas encore s'ils vont faire appel mais l'heure, hier soir, était plutôt au soulagement. A l'encontre des lanceurs de cailloux, le parquet avait requis trois mois de prison ferme.
Fabrice CURLIER
Source : L'Union 

Jeunes et forces de l'ordre s'opposent sur le déroulement des faits

Les incidents de jeudi ont éclaté lorsque les gendarmes mobiles ont commencé à pousser les manifestants qui bloquaient l'accès au lycée Roosevelt.



Des manifestants ou des forces de l'ordre, qui a déclenché les hostilités ? La réponse varie évidemment d'un camp à l'autre.
« Organisés en cortège pacifique, les lycéens se sont vus charger par les CRS* sans la moindre sommation », accuse un représentant des « lycéens mobilisés de Reims » dans un courriel envoyé à la presse.
« Les gendarmes ont chargé alors qu'il n'y avait aucune violence », ajoute une élève de Roosevelt, Marine, 16 ans. Avec trois copines de sa classe de seconde, elle a participé au rassemblement organisé à partir de 13 h 30 devant le lycée. « La veille, à la fac, un syndicat avait appelé à un blocus. Nous y sommes allées avant la reprise de nos cours à 15 heures. Quelqu'un du syndicat nous a apporté un mégaphone et une banderole. Les gendarmes étaient devant nous. Ils se sont mis en ligne. Ils ont chargé avec les boucliers alors qu'il n'y avait aucune violence à ce moment-là. Ils ont sorti les matraques et ont tapé tout le monde, même les filles. Moi, j'ai été poussée. Une copine m'a rattrapée avant que je ne tombe. Les gens se sont retrouvés coincés contre les murs. Beaucoup sont tombés. Ça faisait des piles de gens par terre. C'est quand les gendarmes ont commencé à frapper que des manifestants ont jeté des choses sur eux. »
« Faux ! » rétorque un responsable policier du dispositif.
Selon ce responsable policier, il y avait « 150 à 200 personnes qui bloquaient l'accès au lycée Roosevelt ». « Le Premier ministre et sa suite n'auraient pas pu entrer. Il fallait dégager l'entrée. Les gendarmes mobiles ont formé une première ligne. Nous avons fait le choix d'un dispositif léger, sans casque, car nous avions en face des lycéens. La première ligne a avancé pour les faire reculer. Nous pensions qu'ils allaient être impressionnés mais ils ont fait deux pas en avant. Arrivée au contact, la première ligne n'a pas réussi à les pousser. Il y avait trop de monde derrière. Une deuxième ligne est venue la renforcer. Les gendarmes mobiles ont commencé à recevoir des coups et des projectiles lorsqu'ils ont refoulé les manifestants. Des effectifs policiers se sont alors joints à eux pour appréhender les auteurs de violences qui ont pu être identifiés. »
Combien de blessés ?
Le bilan est de deux blessés légers dans les rangs des forces de l'ordre prises pour cibles avec des pierres et des bouteilles. « Le choix d'un dispositif léger, sans casque, s'est retourné contre nous car les deux blessés - un policier et un gendarme - l'ont été par des projectiles reçus dans le visage. »
Du côté des manifestants, des rumeurs font état de quatre lycéens blessés, dont un qui a eu « les deux genoux fracturés ». En fait, selon nos informations, les pompiers n'ont pris en charge qu'un seul blessé considéré comme « léger ». Il s'agit d'un jeune homme qui se plaignait de douleurs aux jambes, et qui « n'arrivait plus à se relever après avoir été reçu des coups » lors de la charge, assure une camarade. Elle précise qu'iest sorti de l'hôpital « jeudi soir ». Les personnes qui ont jeté les projectiles ayant blessé le policier et le gendarme n'ont pu être identifiés.

F.C.
* Il s'agit en fait de gendarmes mobiles de l'escadron de Dijon.
Source : L'Union
jacques Tourtaux 
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