Une lettre de Salah Hamouri depuis sa cellule
Chers amis, chers camarades, chers combattants de la liberté et de la solidarité
Après la demande écrite du président français Nicolas Sarkozy au premier ministre israélien concernant ma libération anticipée, j’ai besoin de parler de certains points.
Le ministre de l’Intérieur israélien Eli Ishay considère que la demande de monsieur Sarkozy est insolente…
Si on connaît un peu l’histoire contemporaine israélienne, il faut parler de Plato Sharon, Franco-Israélien qui a été empêtré dans des affaires douteuses en France, il a évité l’extradition d’Israël vers la France qui voulait le juger et l’emprisonner parce qu’ il a pu devenir député au Parlement israélien là aussi après des transactions financières douteuses qui lui ont coûté quelques mois de prison… En Israël, il y a une justice à plusieurs vitesses, une justice pour les juifs, une pour les Arabes.
En 2001, un colon israélien (Nahum Korman) a battu à mort un enfant palestinien de onze ans (Hilmi Shosha) dans la région d’Hébron.
Après un plaider coupable (plea bargain), il a été condamné à six mois de travaux d’intérêt général. Le message est clair : les Israéliens peuvent tuer les Palestiniens en toute impunité.
Pour monsieur Ishay, rien d’insolent à cela…
Est-ce la destruction des maisons palestiniennes à Jérusalem qui est une insolence ou la poursuite de la colonisation et le vol des terres palestiniennes ?
J’aimerais bien sûr être libéré et rejoindre ma famille mais ce que je souhaiterais surtout, c’est une position européenne qui défende vraiment les Palestiniens, victimes de l’occupation depuis soixante et un ans. C’est aussi une position française qui respecte et défend le droit légitime des Palestiniens à vivre dignement et en paix dans leur État libre.
Cette demande est-elle aussi insolente ?
Salah Hamouri, prison de Guilboa section I
Le 11 août 2009
Qui a déjà entendu parler de Salah Hamouri ? Pas grand monde, il faut croire.
Salah Hamouri est le fils d'un Palestinien de Jérusalem-est et d'une Française, c'est-à-dire qu'il est aussi Français que Gilad Shalit, le jeune soldat franco-israélien prisonnier d'un groupe armé de Gaza.
Depuis trois ans et demi, Salah Hamouri est prisonnier d'un autre groupe armé : les Forces de Défense Israéliennes. Après trois ans de détention sans jugement, Salah Hamouri a eu le choix entre reconnaître les faits qui lui étaient reprochés et être condamné à sept ans d'emprisonnement ou ne pas les reconnaître et être condamné à quatorze ans d'emprisonnement.
Bien qu'il ait toujours nié, bien que l'armée israélienne ait été incapable de produire un seul témoin ou le moindre début de preuve, confronté à ce choix (pour autant que c'en soit un), Salah Hamouri a finalement reconnu les faits. Il est donc aujourd'hui considéré comme un terroriste et doit purger le reste de sa peine.
Quels sont au juste les faits qui sont reprochés à Salah Hamouri qui justifient une telle rigueur ? D'être passé devant le domicile du rabbin Ovadia Yossef (figure éminente du parti Shass, extrême-droite religieuse) en voiture accompagné d'amis qui sont (ou seraient) militants du FPLP (Front de Libération Populaire de la Palestine). Le rabbin Ovadia Yossef est célèbre pour ses diatribes anti-arabes et son domicile est donc sous surveillance constante.
Trois mois plus tard, lors d'un contrôle, Salah Hamouri est arrêté. On lui reproche d'être membre du FPLP (ce que lui et le FPLP nient) et d'avoir eu l'intention de commettre un attentat contre le rabbin Yossef. Vous avez bien lu : d'avoir eu l'intention. Depuis, Salah Hamouri fait partie des milliers de prisonniers palestiniens parce qu'il aurait eu une intention.