Pour les salariés de Sodimatex, qui menacaient de faire sauter leur usine, le combat n'est pas terminé
un accord de méthode a été conclu aux environs de 4 heures du matin, samedi 3 avril, entre les salariés de l'usine Sodimatex située à Crépy-en-Valois (Oise) et la direction de la maison mère, le groupe Trèves. Les syndicats se sont engagés à "désamorcer" la citerne de gaz ceinturée de cocktails Molotov qu'ils menaçaient de faire sauter, détruisant ainsi cette usine de moquette pour voiture dont la fermeture est programmée. En échange, ils ont obtenu des "garanties" sur la prime de 21 000 euros qu'ils réclament en sus de leurs indemnités légales de licenciement.
Les négociations reprendront dès mercredi 7 avril, en sous-préfecture de Senlis (Oise). "Ce n'est pas fini, a prévenu Patrick Testar (CFDT) de l'intersyndicale. Si, mercredi, on n'arrive pas à des avancées positives, on a bien précisé à notre préfet (Nicolas Desforges) qu'on débranche juste le détonateur, c'est tout."
Il semble que l'on ait frôlé le pire, vendredi, quand un peu avant 20 heures, à l'issue de six heures de négociations, les représentants syndicaux de Sodimatex, livides et excédés, ont quitté en trombe la mairie de Crépy-en-Valois. "Ils n'ont pas l'intention de négocier, déclarait Patrick Testar, délégué CFDT. On cesse toute discussion. Ils verront les conséquences..." Et tous de retourner sur le site industriel occupé par une cinquantaine de salariés verrouillés à l'intérieur. Alors que la nuit tombait, les grands rouleaux de feutrine noire flambaient de plus belle autour de l'usine Sodimatex. Les flammes de plus 2 mètres dégageaient une fumée acre. "Ils sont là pour dire qu'on est toujours là et qu'on ne lâchera pas", lançait un salarié en grève.
Le maire UMP de Crépy-en-Valois, Arnaud Foubert, déplorait, les larmes aux yeux, les atermoiements de la direction de Trèves, propriétaire du site, qui a souhaité soudain choisir un autre médiateur que celui qu'elle avait elle-même nommé.
SOLIDARITÉ
Une demande qui a été interprétée par les représentants syndicaux comme un énième report de la discussion sur le fond, à savoir une indemnité de 21 000 euros pour les 92 salariés de l'entreprise dont la fermeture a été annoncée le 10 avril 2009. "On marche sur la tête, le tribunal les a condamnés à nous payer nos salaires, et plutôt que de régler la situation, ils mégotent", déplorait un ouvrier. Depuis un an déjà, les salariés de Sodimatex fabriquent une moquette qui n'est pas vendue et qui part neuve, le plus souvent dans des camions-poubelle Veolia.
Vendredi, vers 21 heures, face à la détermination des salariés, les discussions ont repris avec Me Caroline Substelny, leur avocate. Les salariés se disent résolus à occuper le site. Sur la façade de Sodimatex, sur la pelouse devant l'entrée, de grandes croix noires ont été clouées, bien visibles. Chacune porte un nom : Lazur, Camoelle, Pereira..., suivi d'une date d'entrée dans l'usine et d'un point d'interrogation quant à la date de sortie. Des amis, des habitants de Crépy, certains anciens salariés viennent appuyer les grévistes. L'un d'eux, ex-Sodimatex puis ex-Continental, condamné à deux ans de prison avec sursis pour violence et déprédation du matériel, se dit convaincu qu'il faudra faire exploser la bonbonne de gaz.
"Si on ne fait pas parler de nous, si on ne menace pas, personne ne s'intéresse à nous", regrette François Heindryckx, vingt et un ans d'ancienneté. Tous les salariés dénoncent avec amertume la solitude qui a été la leur depuis un an, le désintérêt des dirigeants des grandes fédérations syndicales. "Seule notre avocate s'est bagarrée pour nous", ajoute M. Heindrykx. Grâce à elle, trois fois de suite, le groupe Trèves a été condamné.
Dans une petite cahute en bois dans l'enceinte de l'usine, à l'abri de la pluie, des salariés de PTPM, une autre filiale de Trèves, sont venus témoigner de leur solidarité. "Notre usine, qui fabrique des tissus pour les sièges automobiles, est aussi condamnée à la fermeture", dit Fabien Dumont, délégué CGT.
A la mairie de Crépy-en-Valois, les salariés de Continental sont venus de Compiègne en nombre. Leurs vestes noires de travail sont constellées de badges. "Les voyous, c'est pas nous", dit l'un d'eux.